Un
- Point de vue d'Isabella -
_____Tadam... Tadam...
_____Une musique niaise se déversait par l'autoradio, alourdissant l'atmosphère déjà pesante de l'habitacle. Le chauffeur braillait comme un demeuré pour tout accompagnement. Entassés à l'arrière du véhicule, nous nous efforcions de stopper les effluves enivrants du bonhomme. Difficile, vous me direz, lorsqu'on est pris en sandwich entre l'imposant Félix et Jane l'infernale.
_____Il faudrait qu'on me rappelle de féliciter Aro pour sa brillante idée de transport.
_____- Vous ne voudriez pas changer de musique ? maugréai-je.
_____Le chauffeur, un italien à l'odeur de musc, se dévissa la nuque pour nous lorgner, nous et nos manteaux sinistres. Il lâcha une phrase incompréhensible dans sa langue avant de reporter son regard sur la route. Nous plissâmes le nez quand il s'agita sur son siège, saturant l'air de son parfum. Sentant que les pupilles de ma voisine luisaient d'un éclat altéré, je lui fourrai un coup de coude dans les côtes.
_____- Jane..., lançai-je en guise de mise en garde, ne récoltant qu'un hématome.
_____Lorsque son corps androgyne se tendit en avant, prêt à sauter sur sa victime, je rabattis le capuchon sur son visage et la tirai en arrière. Dotée d'une force quasi inexistante, je n'aurais rien pu faire sans le soutien de Félix qui la ramena sur son siège.
_____- Du calme, Jane, la réprimandai-je à voix basse.
_____Alec posa une main qu'il voulait vraisemblablement rassurante sur l'épaule de sa jumelle. Je pariais qu'il l'aurait volontiers anesthésiée grâce à son don, mais qu'il craignait sa s½ur et son inique pouvoir.
_____Oui, craindre Jane était une réaction dite normale ; elle n'était bonne qu'à provoquer le mal autour d'elle. Un seul de ses regards peu amène et vous vous retrouviez à souffrir le martyre. Les Volturi, clan ancestral que je servais, lui vouaient un ridicule respect anxieux.
_____- Tais-toi, l'hybride ! cracha-t-elle pour toute réponse.
_____Hybride. L'horrible condition refit surface, déferla sur moi alors que je serrais la mâchoire. Ma main se crispa sur mon siège, en arrachant le cuir usagé. J'avais beau m'inclure le plus souvent dans le clan des vampires, je ne l'étais qu'à moitié. Le fait est que j'étais issue de l'union entre un vampire assoiffé et une humaine bête et naïve. Ma brune de mère s'était entichée de ce qu'elle pensait être son « ange » ; et le résultat, c'était moi. Moitié humaine, moitié vampire. Sang mêlé. Effrayant, non ? Du sang battait sous mes tempes ; mon c½ur battait la chamade des mortels ; je pouvais m'empourprer, ce qui était franchement frustrant.
_____Si ma mère - user du terme me répugnait - était morte aux couches, mon géniteur, lui, n'avait eu que faire de moi. Et je demeurais sans réponse sur mon passé.
_____- Bella a raison, renchérit prudemment Félix, inutile de tuer ce miséreux.
_____Le sous-fifre surveilla la réaction du général d'un ½il méfiant ; Jane se contenta de broyer la main de son jumeau tout en fusillant le rétroviseur du regard. Félix commença à grimper dans mon estime.
_____- Pas de ma faute si le fumet est délicieux, se défendit Jane en fixant l'intéressé d'un ½il torve.
_____Je me pinçai l'arête du nez, d'accord sur ce point là. Plus les minutes passaient et plus le venin emplissait nos bouches, même pour moi qui m'étais juré de ne plus jamais toucher au sang des humains.
_____Le taxi cahoteux ralentit encore à l'abord d'une rue pavée - si l'allure pouvait encore diminuer, s'entend. Alec soupira d'un air las.
_____- Pourquoi ne nous sommes nous pas servis de nos propres moyens de transport ? fis-je observer.
_____J'entendais par là la vitesse stupéfiante des vampires, leur permettant de couvrir une distance importante en un temps infime. Sûr que nous aurions déjà gagné l'aéroport et même notre destination en ce cas ! Mais au lieu de cela, nous étions là, brinquebalés à l'arrière du véhicule.
_____- Tu demanderas à Aro, répondit Alec en baissant volontairement la voix. Je n'en ai pas la moindre idée.
_____Si je ne déchiffrais pas un mot d'italien, le chauffeur, lui, pouvait peut-être intercepter notre conversation. Il fallait avouer que notre discours était sûrement déplacée pour le groupe de riches étrangers que nous étions censés être. Mieux valait se taire, comme dirait Démétri !
_____Un humain trop curieux s'était figé sur le trottoir au lieu de traverser la rue. Nous adressâmes un sourire rutilant à son regard interrogateur. Les Volturi désiraient garder notre identité secrète ? Pourquoi nous promener en véhicule flegmatique en ce cas ?
_____Frustrée de rester sans réponse, je croisai puis décroisai mes bras sans parvenir à m'occuper. Le taxi finit par s'arrêter dans un crissement de pneus. Délivrance ! L'instant suivant nous jaillissions à l'extérieur, tendions son dû au chauffeur et nous éloignions à une allure trop rapide pour la norme sous l'½il interloqué de l'humain. Aucun de nous ne pouvait supporter sa présence une seconde de plus.
_____Jane en tête de file, nous nous engouffrâmes dans l'aéroport de Volterra, rempli de badauds à l'odeur capiteuse. Devant la pâleur singulière des vampires, tous les lorgnèrent. Enfouissant mon visage dans ma cape, je soupirai. Pourquoi nous infliger pareille torture ?
_____Le ciel était bleu marine.
_____Ce bleu marine qui flirte avec le violet et n'existe qu'en hiver, dans des contrées reculées. L'air était piquant, mares et étangs s'étaient parés durant la nuit d'une fine carapace de glace brillante. Au moins les humains étaient absents à l'appel.
_____Je resserrai autour de moi l'épaisse cape de laine bordée de fourrure que j'avais jeté sur mes épaules et réprimai un frisson.
_____J'étais la seule à souffrir du froid, et c'était horriblement agaçant que de me voir grelotter de la sorte. En effet, mon derme, contrairement à mes pairs, laissait filtrer la morsure hivernale à travers ma peau, me transmettant la même sensation de fraîcheur que pour les humains. Toutefois, cette constitution avait ses avantages ; ainsi n'étais-je pas obligée de plier bagage dès que le soleil paraissait, à l'instar des miens.
_____Ces derniers devaient donc rester obrombés*, abrités derrière l'épaisse tenture de leur manteau unisexe, capuchon rabaissé. Non que cela semble gêner les Volturi, mais ma partie humaine leur trouvait des allures de zombies. Allusion à un film d'horreur humain, j'imagine. Mon côté de vivante qui devait reprendre le dessus. Un comble.
_____- T'as besoin d'une couverture supplémentaire ? nargua Jane alors que je frémissais derechef.
_____Regard incendiaire. Son sourire ne fit que s'agrandir.
_____- Inutile, ripostai-je. Rappelle-moi juste où nous nous rendons.
_____- Pas loin, éluda Alec.
_____Quelle réponse ! Mais peut-être mes « condisciples » entrapercevaient-ils quelque chose que je ne pouvais pas voir. Ma vision était réduite, du fait de ma condition. Nous parcourûmes encore une centaine de mètres cependant que la bise ne faisait que croître avant que mon odorat ne distingue quelque chose. Rien d'étrange dans cette émanation, car il s'agissait d'un vampire. Ainsi, voilà en quoi constituait notre mission ? Détruire un semblable ? J'étais bien évidemment au courant que c'était fréquent, mais je n'y avais jamais assisté. Une première, en quelque sorte.
_____C'est alors que les lèvres pulpeuses de Jane se retroussèrent et qu'un feulement monta des tréfonds de sa gorge. Son jumeau eut une réaction semblable. Je sentis que nous approchions alors que l'odeur s'intensifiait. Il y en avait plusieurs.
_____Ça promettait...
_____Je n'aimais pas le chapitre en ligne... Alors je l'ai réécrit. Dites-moi si vous préférez la première édition ou celle-là. J'ai essayé d'alléger le chapitre, comme me l'a judicieusement conseillé AliceBlood ;D, qui faisait trop lourd.
_____Et je sais, c'est vraiment pas logique la première partie ==". Pourquoi des vampires prendraient-ils un taxi ?
_____*Non, ce n'est pas une erreur du script ! « Obromber » signifie couvrir d'une ombre. Le manteau des gardes étant de couleur foncée (ça change suivant le grade, je crois bien), c'est une métaphore ! =D. ... Vous me suivez ? XD.
C'est Raté ou Réussi ?
*
J'attends vos critiques.